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Pérou - 13 au 30 Mai 2007


Le 27 Mai 2007

La matinée est réservée à une visite officielle à la mairie en compagnie de Pepe.

Mais en ce jour de marché, le cabinet de Pepe est envahi de patients et nous devons attendre.
Le maire aussi attendra.

Tout le centre de Combapata est en effervescence en raison du marché hebdomadaire et de la foire aux bestiaux qui attirent les marchands de tout le district : faune grouillante et colorée dont le calme apparent contraste avec les bruits de nos marchés où les commerçants font assaut de slogans parfois douteux pour héler une clientèle qui reste souvent indifférente.

Ici, pas de cris. Les femmes assises attendent patiemment le badaud et bavardent entre elles.
Enormes pelotes de laine aux tons indigo et turquoise, pulls en alpaga, c'est le marché de l'utile et du nécessaire. Pas de colifichets ou d'objets artisanaux, les touristes sont une denrée rare à Combapata.

François et moi décidons de renoncer à la visite en mairie et partons à la conquête du marché.

Première descente sur le marché aux fruits et légumes où notre présence, sans être indésirable, semble déranger certains, alors que d'autres nous lancent des sourires complices.
Il faut reconnaître que notre look n'est pas tout à fait local malgré nos chapeaux et que tenter de passer inaperçus serait tout à fait vain.
Et à nouveau cette gêne d'exhiber un matériel coûteux m'envahit, ainsi que celle de les observer comme des espèces en voie de disparition. Mais comment faire autrement ?

La place centrale nous offre mille spectacles inhabituels et parfois dérangeants, comme ces moutons ficelés entre valises et ballots sur le toit d'un minibus.
Plus loin, une femme promène deux cochons au bout d'une ficelle.

Nous descendons vers la rivière où se tient le marché aux bestiaux, principalement destiné aux bovins.
Des bonimenteurs comme dans nos fêtes foraines, un luthier, un coiffeur, sont installés sur le bord du chemin pentu qui mène à l'immense champ de foire.
L'occasion est trop bonne de faire encore quelques images.

Vers la fin de matinée, nous rejoignons le groupe qui revient de la visite en mairie. Jean-Pierre m'informe que le maire tient à ce que nous fassions des photos officielles, nous repartons donc dans les locaux municipaux pour réaliser les clichés souhaités.

Nous reprenons la visite des collectivités, avec une émotion grandissante au fil des manifestations de gratitude qui nous sont adressées.
Cette fois, nous sommes accompagnés à la descente de notre véhicule par des groupes de danseurs costumés. Nous arrivons dans l'enceinte de l'école en franchissant un portail prolongé par un grand escalier.
De part et d'autre de l'escalier, des groupes d'enfants poursuivent la danse au rythme de la flûte et du tambour tandis qu'une table est dressée au centre de la cour pour nous accueillir. Les femmes et les autres enfants sont assis le long du mur face à nous.
Les groupes de danseurs investissent la cour, la musique redouble, les officiels font leur entrée. Après présentations et accolades, nous prenons place.

En plus de la traditionnelle truite nous est servi le cochon d'Inde. Nous nous y attendions et je tiens ma promesse de ne pas l'éviter. Je n'en garde pas un souvenir des plus enthousiastes, mais je suis assez fier d'avoir tenté, d'autant que le mien exhibait ostensiblement griffes et dents d'un joli coloris ambré, mais peu convaincant.

Le président nous apporte en guise d'offrande, dans un geste très solennel, un récipient circulaire en terre contenant un mélange à base de pisco. Nous le faisons circuler.
Soucieux de ma santé, Daniel me met en garde contre tout abus, d'autant que nous sommes en plein soleil.
Loin d'obtempérer, je garde le récipient près de moi, pour faciliter la digestion du cochon d'Inde.

Un petit groupe de musiciens succède aux danseurs, puis vient le moment des discours, toujours teintés d'émotion.
Pepe s'adresse à la foule en quechua. Nous ne comprenons pas, mais nous sommes impressionnés par son ton grave et solennel.

Le président revêt Jean-Pierre d'un superbe poncho et le coiffe d'un bonnet péruvien.
Je constate alors la justesse du dicton « l'habit ne fait pas le moine ». Ainsi accoutré, Jean-Pierre n'a rien d'un péruvien. Mais il a tout de même fière allure.

Puis quelques couples dansent au son du petit orchestre.

Photos de groupe, embrassades. Certains regards sont embués au moment de se quitter, l'émotion est forte. Nous prenons congé, très impressionnés par l'enthousiasme et la chaleur de l'accueil.

Moins solennelle est la visite suivante, mais non moins émouvante.
Le véhicule s'arrête sur une sorte de promontoire.
Un peu en contrebas, un pont suspendu franchit une rivière. Au-delà des champs, nous apercevons au loin un petit hameau que longe une voie ferrée.
Alors que nous sommes au milieu des champs, nous croisons une vieille femme assise sur le bord d'un talus. A notre passage, elle se met à pousser des cris aigus dont nous ne comprenons pas le sens. Notre guide soudain se retourne. Il a compris qu'elle réclame de l'aide. Son fardeau est trop lourd, elle est épuisée.
Le guide prend le fagot en charge, François hérite d'un petit carton qui contient deux cochons d'Inde.

Nous longeons la voie ferrée sur une centaine de mètres pour gagner le hameau.
La vieille femme est arrivée à destination et veut nous remercier. Nous prenons congé d'elle et rejoignons la communauté qui nous attend quelques mètres plus loin, au bord de la voie ferrée.

Nous nous installons dans une pièce sombre où sont réunis hommes et femmes.
Après les discours et la truite devenus traditionnels, une femme chante, des enfants récitent des poèmes, puis nous visitons la cuisine.

Discours et embrassades. Cette nouvelle visite se termine par la non moins traditionnelle photo de groupe ou chacun est fier de poser.

Nous reprenons le soir même la route de Cusco. Nous avons fait le plein d'émotions.

La gentillesse et la gratitude, l'humilité que nous avons lues dans les regards, l'immense impatience à réaliser ce rêve que nous leur apportons d'un peu de confort dans leur modeste quotidien, nous ont permis de prendre conscience de notre propre chance d'être nés au bon endroit, au bon moment.